Un stop à peine marqué, un feu rouge franchi parce qu’il n’y avait « personne », un clignotant oublié, une voiture garée sur un trottoir ou un téléphone consulté au volant : ces comportements semblent devenus si fréquents qu’ils finissent parfois par ne plus surprendre personne.
Dans de nombreuses villes françaises, il suffit parfois de rester quelques minutes à proximité d’un carrefour pour observer des situations qui, il y a quelques années encore, auraient davantage attiré l’attention. Un automobiliste ralentit à peine devant un STOP avant de repartir. Un autre change de direction sans prévenir. Une voiture occupe entièrement un trottoir, obligeant les piétons à descendre sur la chaussée. Ailleurs, un conducteur accélère pour franchir un feu qui vient de passer au rouge.
Alors, les Français conduisent-ils réellement de plus en plus mal ?
La réponse est loin d’être aussi simple. Les chiffres officiels montrent même que le nombre total d’infractions enregistrées a diminué en 2024. Mais derrière cette baisse globale se cache une réalité beaucoup plus complexe : certaines infractions restent massives, tandis que les délits routiers progressent fortement.
Quand les petites infractions deviennent presque normales
Le phénomène est difficile à mesurer, car une partie des comportements observés quotidiennement n’est pas systématiquement verbalisée.
Qui n’a jamais vu un conducteur ne pas mettre son clignotant pour tourner ? Qui n’a jamais constaté un STOP transformé en simple ralentissement ? Qui n’a jamais croisé une voiture stationnée sur un trottoir, une bande jaune ou devant un passage piéton ?
Pris individuellement, ces comportements peuvent sembler anodins. Pourtant, ils ont tous un point commun : ils réduisent la prévisibilité des déplacements et compliquent la circulation pour les autres usagers.
Le clignotant, par exemple, n’est pas un simple geste de courtoisie. Il permet aux autres conducteurs, aux cyclistes et aux piétons d’anticiper une manœuvre.
Un STOP n’est pas un simple panneau invitant à ralentir. Il impose un arrêt complet avant de pouvoir repartir.
Et une voiture stationnée sur un trottoir ne gêne pas uniquement la personne qui souhaite passer. Elle peut contraindre une personne âgée, un enfant, une personne en fauteuil roulant ou un parent avec une poussette à s’engager sur la chaussée.
Le problème commence peut-être lorsque ces comportements cessent d’être considérés comme des infractions.
Ils deviennent alors des habitudes.

Les chiffres racontent une histoire plus complexe
Il serait pourtant trop facile d’affirmer que les Français commettent aujourd’hui davantage d’infractions qu’avant.
Selon l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière, plus de 27,6 millions d’infractions au Code de la route ont été enregistrées en 2024, soit une baisse de 8,6 % par rapport à 2023.
Mais cette baisse globale ne signifie pas que tous les comportements dangereux reculent.
En 2024, l’ONISR a notamment recensé :
- 273 692 infractions de franchissement de feux rouges relevées par contrôle automatisé ;
- 168 381 non-respects d’un panneau STOP ;
- 590 030 infractions liées à l’usage du téléphone portable ;
- 61 762 infractions liées au port d’oreillettes ;
- 7,6 millions d’infractions de stationnement dangereux ;
- 1,05 million de délits routiers, en hausse de 9,5 % par rapport à 2023.
Ces chiffres montrent une réalité paradoxale : le volume global des infractions baisse, mais certains comportements restent extrêmement fréquents et les délits progressent.
Le débat ne peut donc pas se résumer à une simple affirmation selon laquelle « les automobilistes conduisent de plus en plus mal ».
La vraie question est peut-être différente :
Sommes-nous en train de banaliser certaines infractions au point de ne plus les considérer comme suffisamment graves pour mériter notre attention ?
Moins de PV signifie-t-il vraiment moins d’infractions ?
C’est probablement l’une des questions les plus importantes lorsqu’on analyse les statistiques de la sécurité routière.
Lorsqu’une baisse du nombre de procès-verbaux est constatée, deux explications sont possibles.
La première est simple : les automobilistes commettent réellement moins d’infractions.
Mais une seconde possibilité ne doit pas être écartée : certaines infractions peuvent être moins souvent constatées ou sanctionnées.
Un conducteur qui ne met pas son clignotant ne sera pas forcément verbalisé. Une voiture garée sur un trottoir peut rester plusieurs heures sans qu’un agent passe dans la rue. Un STOP « glissé » peut être impossible à constater sans présence policière au bon moment.
Les statistiques des infractions constatées mesurent donc les infractions relevées, et non toutes les infractions réellement commises.
C’est une nuance fondamentale.
Une diminution des verbalisations ne permet pas, à elle seule, d’affirmer que les comportements se sont améliorés dans les mêmes proportions.
Les contrôles peuvent évoluer. Les priorités des forces de l’ordre peuvent changer. Les moyens humains disponibles peuvent varier. Certaines infractions peuvent être davantage contrôlées par des dispositifs automatisés, tandis que d’autres nécessitent la présence directe d’un agent.
Il est donc parfaitement possible que la réalité observée sur le terrain et la réalité statistique ne correspondent pas exactement.
Et c’est peut-être là que se trouve une partie du malaise ressenti par certains automobilistes.
Le STOP « glissé », une petite infraction qui n’est pas si anodine
Le comportement est devenu tellement courant qu’il passe parfois inaperçu.
Le conducteur arrive devant un STOP. Il ralentit. Regarde rapidement à gauche, puis à droite. S’il ne voit personne, il poursuit sa route.
Mais il ne s’est pas arrêté.
Pourtant, le panneau STOP impose précisément une immobilisation complète du véhicule.
En 2024, 168 381 infractions de non-respect du STOP ont été enregistrées.
Ce chiffre ne représente évidemment pas tous les STOP « glissés » sur les routes françaises. Il ne recense que les infractions constatées.
Mais il rappelle une réalité simple : le STOP n’est pas une recommandation.
Et lorsque le conducteur arrive trop vite, regarde trop tard ou ne voit pas un cycliste ou un piéton, quelques secondes peuvent suffire à transformer une habitude en accident.

Le feu rouge : quand « il n’y avait personne » devient une justification
Le franchissement d’un feu rouge fait partie de ces comportements particulièrement inquiétants.
Le raisonnement est parfois toujours le même : « Il n’y avait personne. »
Mais la circulation ne fonctionne pas uniquement sur la base de ce que le conducteur voit au moment où il décide de passer.
Un piéton peut s’engager. Un cycliste peut arriver dans l’angle mort. Une voiture peut surgir d’une rue perpendiculaire.
En 2024, le contrôle automatisé a relevé 273 692 infractions liées au franchissement de feux rouges.
Et encore une fois, ce chiffre ne représente pas la totalité des franchissements réellement commis.
Il représente uniquement ceux qui ont été constatés.
La différence est considérable.

Le clignotant : ce petit geste que certains automobilistes semblent avoir oublié
C’est probablement l’une des infractions les plus visibles au quotidien.
Tourner sans prévenir. Changer de file sans signaler sa manœuvre. Sortir d’un rond-point sans utiliser son clignotant.
Pourtant, le principe est simple : le clignotant permet aux autres usagers de comprendre ce que le conducteur s’apprête à faire.
Lorsqu’il disparaît, chacun doit deviner les intentions de l’autre.
Pour un automobiliste, cela peut provoquer un freinage brusque ou une mauvaise anticipation.
Pour un cycliste, le danger peut être encore plus important lorsqu’une voiture tourne sans signaler sa manœuvre.
Ce comportement est d’autant plus problématique qu’il est rarement perçu comme une véritable infraction grave.
Et c’est peut-être précisément le problème.
Lorsqu’une règle est rarement respectée et rarement sanctionnée, elle finit par perdre son importance dans l’esprit de certains conducteurs.
Quand le stationnement transforme le trottoir en danger
Dans les villes, le stationnement est un autre exemple de cette banalisation.
Une voiture garée quelques minutes sur un trottoir peut sembler ne représenter qu’une gêne mineure pour son conducteur.
Mais pour les autres usagers, la situation est différente.
Un piéton doit contourner le véhicule.
Une poussette doit parfois descendre sur la chaussée.
Une personne à mobilité réduite peut se retrouver totalement bloquée.
Et un enfant qui doit contourner une voiture stationnée peut soudain se retrouver beaucoup plus près de la circulation.
Les chiffres de l’ONISR sont particulièrement impressionnants : 7,6 millions d’infractions de stationnement dangereux ont été enregistrées en 2024.
Il s’agit de l’une des catégories d’infractions les plus importantes recensées en France.
Ce chiffre pose une question : si autant de véhicules sont régulièrement stationnés dans des conditions considérées comme dangereuses ou gênantes, est-ce uniquement un problème de comportement des conducteurs ?
Ou faut-il également s’interroger sur la politique de contrôle et de verbalisation dans les villes ?
La police laisse-t-elle réellement davantage passer les « petites » infractions ?
C’est probablement l’une des questions les plus sensibles.
De nombreux automobilistes ont le sentiment que certaines infractions sont devenues tellement courantes qu’elles ne sont plus réellement contrôlées.
Un véhicule garé sur un trottoir. Un STOP non marqué. Un téléphone tenu à la main. Un changement de direction sans clignotant.
Dans certaines rues, les conducteurs peuvent avoir l’impression que ces comportements sont devenus tellement fréquents qu’ils ne sont plus une priorité pour les forces de l’ordre.
Mais il faut rester prudent.
Les statistiques nationales ne permettent pas d’affirmer que les forces de l’ordre laissent systématiquement passer les petites infractions.
Les contrôles sont répartis entre la police nationale, la gendarmerie, les polices municipales et les dispositifs automatisés. Les priorités peuvent également varier selon les villes et les périodes.
Les chiffres montrent d’ailleurs que les polices municipales jouent un rôle important dans le contrôle du stationnement et d’autres infractions relevant de leurs compétences.
Le sentiment de laisser-faire peut donc parfois venir d’un autre phénomène : les contrôles existent, mais ils ne sont pas forcément visibles au moment où l’automobiliste observe l’infraction.
Reste une question de fond.
Si un conducteur commet régulièrement une petite infraction sans jamais être contrôlé, peut-il finir par considérer que la règle n’a plus réellement d’importance ?
Quand le conducteur sans permis franchit une autre limite
Toutes les infractions ne se valent évidemment pas.
Oublier un clignotant n’a pas la même gravité que conduire à 150 km/h en ville.
Un stationnement gênant n’est pas comparable à un grand excès de vitesse.
Mais il existe une différence fondamentale entre une simple erreur ponctuelle et une volonté répétée de ne pas respecter les règles.
Et certains comportements sont particulièrement préoccupants.
En 2024, l’ONISR a recensé 95 201 délits pour défaut de permis.
La conduite sans permis n’est plus une simple contravention.
Elle peut signifier qu’une personne n’a jamais obtenu le droit de conduire ou qu’elle continue à prendre le volant alors que son permis a été invalidé.
À cela s’ajoutent les délits de conduite sans assurance, les délits de fuite et les conduites sous l’emprise d’alcool ou de stupéfiants.
On change alors complètement de niveau de danger.
La question n’est plus de savoir si un conducteur respecte parfaitement le Code de la route, mais s’il accepte encore le principe même des règles communes.
Les cyclistes et les piétons paient parfois le prix fort
Cette question est particulièrement importante en ville.
Pour un automobiliste, une erreur de trajectoire ou une manœuvre mal anticipée peut sembler sans conséquence.
Pour un cycliste ou un piéton, les conséquences peuvent être dramatiques.
Un refus de priorité. Une voiture qui tourne sans clignotant. Un véhicule qui dépasse trop près. Un feu rouge franchi. Une vitesse excessive dans une zone urbaine.
Dans chacune de ces situations, l’automobiliste est protégé par la carrosserie de son véhicule.
Le cycliste et le piéton ne le sont pas.
C’est pourquoi la banalisation des comportements dangereux est particulièrement préoccupante dans les centres-villes.
Pour eux, une « petite » infraction commise par un automobiliste peut rapidement devenir un accident irréversible.

Le téléphone au volant : une autre infraction devenue presque ordinaire
Il suffit parfois d’observer une file de voitures arrêtées à un feu.
Un conducteur regarde son téléphone.
Puis un deuxième.
Puis un troisième.
Le téléphone est devenu tellement présent dans nos vies que certains conducteurs semblent avoir intégré son utilisation au fonctionnement normal de leur véhicule.
Pourtant, les chiffres sont importants.
En 2024, 590 030 infractions pour usage du téléphone portable ont été relevées, auxquelles s’ajoutent 61 762 infractions liées au port d’oreillettes.
Et là encore, les chiffres correspondent aux infractions constatées.
Ils ne permettent pas de connaître le nombre réel de conducteurs qui consultent leur écran chaque jour au volant.
Le problème est que le téléphone donne au conducteur l’impression de pouvoir effectuer une action très rapide.
Un message.
Une notification.
Un appel.
Quelques secondes seulement.
Mais sur une route, quelques secondes peuvent suffire pour parcourir plusieurs dizaines de mètres sans réellement observer ce qui se passe devant soi.

Alors, les Français conduisent-ils vraiment de plus en plus mal ?
Les statistiques ne permettent pas de répondre oui.
En 2024, le nombre global d’infractions enregistrées a même diminué.
Mais ces mêmes statistiques montrent aussi une autre réalité : les comportements dangereux et les délits routiers restent nombreux, et certains progressent.
Le débat est donc probablement ailleurs.
Ce qui inquiète peut-être les automobilistes n’est pas uniquement le nombre d’infractions.
C’est leur visibilité quotidienne.
Lorsqu’un conducteur voit chaque jour des voitures stationnées sur les trottoirs, des STOP à peine marqués, des clignotants oubliés ou des téléphones utilisés au volant, il peut finir par avoir le sentiment que les règles ne sont plus vraiment respectées.
Et lorsque ces comportements ne semblent pas toujours sanctionnés, une forme de banalisation peut s’installer.
Le risque est alors de créer un cercle vicieux :
Une infraction est commise → elle n’est pas sanctionnée → elle devient habituelle → d’autres conducteurs l’imitent → elle finit par paraître normale.
Le Code de la route perd alors progressivement son caractère de règle collective pour devenir, dans l’esprit de certains, une simple série de recommandations.
Le vrai danger est peut-être cette banalisation
Respecter le Code de la route ne signifie pas être un conducteur parfait.
Tout le monde peut commettre une erreur.
Tout le monde peut oublier un clignotant.
Tout le monde peut dépasser légèrement une limitation de vitesse sans s’en rendre compte.
Mais il existe une différence entre l’erreur ponctuelle et le comportement assumé.
Entre celui qui ne voit pas un STOP et celui qui décide de ne pas s’arrêter.
Entre celui qui oublie son clignotant et celui qui ne l’utilise jamais.
Entre celui qui cherche une place de stationnement et celui qui considère que le trottoir est une place gratuite.
Entre celui qui commet une erreur et celui qui pense que les règles ne s’appliquent pas à lui.
C’est peut-être là que se trouve le véritable problème.
Car une société où chacun commence à considérer certaines règles comme facultatives devient nécessairement plus dangereuse pour tous.
Et vous, que constatez-vous dans votre ville ?
Le constat est-il le même partout en France ?
Voyez-vous davantage de conducteurs qui ne mettent plus leur clignotant ? Des STOP non respectés ? Des feux rouges franchis ? Des voitures garées sur les trottoirs ? Des téléphones utilisés au volant ?
Ou pensez-vous au contraire que les automobilistes ne conduisent pas plus mal qu’avant et que nous sommes simplement devenus plus attentifs à ces comportements ?
Et surtout, avez-vous le sentiment que les « petites » infractions sont suffisamment contrôlées et sanctionnées ?
La question mérite d’être posée.
Car entre le simple oubli et la conduite volontairement dangereuse, il existe toute une zone grise dans laquelle les mauvaises habitudes peuvent progressivement s’installer.
Et peut-être que le véritable enjeu de la sécurité routière commence précisément là : empêcher les petites infractions de devenir des comportements normaux.
FAQ – Les questions que se posent les automobilistes
Est-il obligatoire de marquer un arrêt complet à un STOP ?
Oui. Le conducteur doit immobiliser complètement son véhicule avant de poursuivre sa route, même lorsque la voie semble libre.
Combien de franchissements de feux rouges ont été constatés en France en 2024 ?
En 2024, 273 692 infractions de franchissement de feux rouges ont été relevées par contrôle automatisé. Ce chiffre ne représente que les infractions constatées par ce dispositif.
Combien d’infractions pour non-respect d’un STOP ont été relevées en 2024 ?
L’ONISR recense 168 381 infractions de non-respect du panneau STOP en 2024.
La police laisse-t-elle passer les petites infractions routières ?
Les données nationales ne permettent pas d’affirmer que les forces de l’ordre laissent systématiquement passer les petites infractions. Les contrôles sont répartis entre plusieurs acteurs et les priorités peuvent varier. Le sentiment de laisser-faire peut toutefois être alimenté par des infractions visibles au quotidien qui ne donnent pas toujours lieu à une verbalisation visible.
Une baisse du nombre de PV signifie-t-elle que les conducteurs commettent moins d’infractions ?
Pas nécessairement. Les statistiques recensent les infractions constatées et verbalisées. Une baisse peut donc refléter une diminution réelle des infractions, mais aussi une évolution des contrôles, des moyens disponibles ou des priorités de verbalisation.
Combien d’infractions liées au téléphone ont été relevées en 2024 ?
590 030 infractions non délictuelles pour usage du téléphone portable ont été relevées en 2024, auxquelles s’ajoutent 61 762 infractions liées au port d’oreillettes.
La conduite sans permis est-elle une simple contravention ?
Non. La conduite sans permis ou avec un permis invalide relève du délit. En 2024, 95 201 délits pour défaut de permis ont été recensés par l’ONISR.
Le nombre total d’infractions routières augmente-t-il en France ?
Non. En 2024, plus de 27,6 millions d’infractions routières ont été enregistrées, soit une baisse de 8,6 % par rapport à 2023. Toutefois, les délits routiers ont augmenté de 9,5 % sur la même période.
Pourquoi le respect des petites règles est-il important ?
Les règles comme l’utilisation du clignotant, l’arrêt au STOP ou le respect des priorités permettent aux différents usagers d’anticiper les comportements des autres. Leur non-respect peut donc augmenter les risques, particulièrement pour les piétons et les cyclistes.


